Mobilité électrique : BasiGo et NCBA financent 1 000 véhicules
136 véhicules électriques en circulation, une banque qui sort 13,3 millions d'euros et un objectif de 1 000 unités financées : le partenariat entre BasiGo et NCBA ressemble exactement au genre d'initiative qui change vraiment la donne. Pas un énième accord de façade, mais un dispositif concret, chiffré, opérationnel. Pour ceux qui suivent la mobilité urbaine en Afrique de l'Est, c'est le signal attendu depuis longtemps.
BasiGo et NCBA : un duo qui mise gros sur l'électrique
La startup kényane BasiGo, fondée en 2021, a construit sa réputation sur une idée simple : rendre les véhicules électriques accessibles aux opérateurs de transport public, ces coopératives locales appelées SACCOs qui forment l'épine dorsale du réseau de déplacements urbains et interurbains au Kenya. La banque NCBA, de son côté, a décidé de mettre les moyens : une enveloppe dédiée de près de 2 milliards de shillings kényans (environ 13,3 millions d'euros) pour financer des actifs de mobilité durable. Elle a déjà mobilisé 800 millions de shillings, soit 5,3 millions d'euros, sur ce segment. Ce n'est plus de l'expérimentation, c'est de la stratégie.
L'accord, annoncé fin août 2026, cible précisément les minibus et vans électriques exploités par les entreprises et coopératives de transport. Deux profils d'emprunteurs sont distingués :
- Les opérateurs établis et coopératives : financement jusqu'à 90 % de la valeur du véhicule, remboursable sur 60 mois maximum.
- Les opérateurs individuels membres de SACCOs : financement jusqu'à 80 % du prix d'acquisition, sur 48 mois.
Dans les deux cas, des frais de traitement préférentiels fixés à 1,5 % s'appliquent. C'est un détail qui compte, surtout pour des coopératives habituées à négocier chaque centime. Le fait que les conditions soient clairement segmentées montre que le dispositif a été conçu avec une vraie connaissance du terrain, pas depuis un bureau climatisé.
Le vrai frein à l'électrique : le prix d'entrée, pas la technologie
Voilà le nœud du problème. Un opérateur de matatu (le minibus local omniprésent à Nairobi) ne choisit pas un véhicule diesel parce qu'il aime le carburant. Il le choisit parce que l'achat d'un diesel d'occasion reste bien moins lourd à l'entrée, même si les coûts de carburant et d'entretien grèvent ensuite sa rentabilité sur la durée. Le prix des batteries et l'absence de crédit spécialisé ont longtemps bloqué la transition électrique.
Ce partenariat répond directement à ce blocage. Et il vient compléter le modèle Pay-As-You-Drive déjà proposé par BasiGo, qui fonctionne sur la base d'un dépôt initial réduit, puis d'un paiement calculé selon les kilomètres réellement parcourus. Ce modèle intègre le véhicule, les batteries, la maintenance et l'assistance technique. Autrement dit : zéro surprise, zéro mauvaise rencontre avec une facture inattendue.
| Profil emprunteur | Financement max. | Durée max. | Frais de traitement |
|---|---|---|---|
| Opérateurs établis / coopératives | 90 % | 60 mois | 1,5 % |
| Membres individuels de SACCOs | 80 % | 48 mois | 1,5 % |
Ce tableau résume bien pourquoi ce dispositif est plus sérieux que beaucoup d'annonces du secteur. Les chiffres sont précis, les conditions sont différenciées, les durées sont réalistes pour des opérateurs dont la trésorerie fluctue selon les saisons et la conjoncture.
Un réseau industriel en pleine construction au Kenya et au Rwanda
BasiGo ne se contente pas de vendre des véhicules. La société construit un authentique filière locale. En septembre 2025, elle a lancé le KL-9, un bus électrique co-développé avec le constructeur chinois King Long et assemblé sur place par Kenya Vehicle Manufacturers. Les batteries ? Signées CATL, le leader mondial du secteur. L'objectif annoncé : dépasser vingt unités produites par mois à partir de 2026. C'est le genre de cadence qui crédibilise un projet.
Côté flotte, BasiGo revendique aujourd'hui 136 véhicules en circulation, dont 102 au Kenya et 34 au Rwanda. L'entreprise cible aussi les minibus de 16 à 19 places sur des liaisons entre Nairobi et plusieurs villes du centre du Kenya. Ces véhicules affichent une autonomie allant jusqu'à 300 kilomètres par cycle de charge, ce qui les rend exploitables sur des corridors interurbains réels, pas uniquement en circuit urbain court.
Reste un sujet vital : la recharge. BasiGo a signé en juillet dernier un accord avec Rubis Energy Kenya pour déployer des bornes rapides le long des axes routiers stratégiques. Une première station est opérationnelle à Sabaki, à Athi River. D'autres sites sont prévus à Meru, Nanyuki et Nyeri. Sans infrastructure de recharge fiable, même le meilleur véhicule électrique reste bloqué sur le parking, et tout le monde le sait.
Ce qui se construit au Kenya ressemble à un écosystème cohérent : financement accessible, véhicules assemblés localement, recharge sur les corridors stratégiques. Le marché africain de la mobilité électrique cherchait depuis des années un modèle réplicable. BasiGo et NCBA viennent peut-être de poser la première brique sérieuse. À suivre de très près.
L'auteur
Henry est chef de rédaction, reconnu pour son attitude posée et sa méthode rigoureuse. Il pilote les contenus avec discernement pour garantir clarté et cohérence éditoriale.
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