Jeudi 20 août 2026

Mobilité

Mobilité urbaine Douala : déficit de 104,6 milliards FCFA

Romain Par Romain
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Mobilité urbaine Douala : déficit de 104,6 milliards FCFA

540 millions de dollars. C'est l'enveloppe approuvée le 2 juin 2022 pour lancer le Projet de mobilité urbaine de Douala (PMUD), dont 420 millions apportés conjointement par la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et l'Association internationale de développement. Quatre ans plus tard, la facture a explosé, et le BRT de Douala se retrouve au bord d'une révision douloureuse.

104,6 milliards de FCFA : comprendre le gouffre financier du PMUD

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Au 17 juillet 2026, le coût estimé pour achever le projet atteignait 365,4 milliards de FCFA TTC, contre une enveloppe initiale de 260,8 milliards. L'écart : 104,6 milliards. Soit 40,1 % du budget de départ à trouver en urgence. Autrement dit, le projet a besoin de presque la moitié de son financement d'origine en plus, alors que le chantier n'est pas terminé.

D'où vient ce dérapage ? La réponse tient principalement à 66 km de voies de rabattement supplémentaires, destinées à connecter les quartiers de Douala au corridor principal du Bus Rapid Transit. Leur intégration porte le linéaire total de ces voiries à environ 80 km autour de l'axe BRT. Sans ces voies additionnelles, le ministère des Finances retenait, dans une correspondance du 13 juillet 2026, une assiette hors taxes de 226 milliards de FCFA. Avec elles, l'estimation grimpe à 306,4 milliards hors taxes, soit une hausse de 80,4 milliards (+ 35,6 %). En ajoutant environ 58,9 milliards de TVA, on arrive au total de 365,4 milliards TTC.

Ce type de dépassement budgétaire n'est pas une surprise dans les grands projets d'infrastructure urbaine, mais l'ampleur ici est significative. La Banque mondiale elle-même classait déjà, au 3 mars 2026, les progrès vers l'objectif de développement et l'avancement global du projet comme « modérément insatisfaisants », avec un risque global jugé « élevé ».

Scénario Coût HT (FCFA) Coût TTC (FCFA)
Sans voies de rabattement supplémentaires 226 milliards Non précisé
Avec 66 km additionnels intégrés 306,4 milliards 365,4 milliards
Enveloppe initiale approuvée Non précisé 260,8 milliards

Exonérations fiscales et BRT allégé : les deux pistes sur la table

Face au déficit, le Comité de pilotage du PMUD, présidé par le maire de Douala, a joué une carte stimulante : demander un traitement fiscal avantageux. La Communauté urbaine de Douala avait saisi le ministère des Finances dès décembre 2024 pour obtenir des exonérations. Depuis, les discussions impliquent le ministère de l'Économie, les administrations fiscales et douanières, ainsi que la Banque mondiale.

Le raisonnement est simple : exécuter le projet hors taxes permettrait d'effacer environ 54 milliards de FCFA de besoins de financement, soit un peu plus de la moitié du déficit. Un résultat non négligeable, mais qui ne résout pas tout. Le reliquat, proche de 50 milliards, devrait faire l'objet d'une demande complémentaire auprès de la Banque mondiale. Au 27 juillet 2026, aucun arbitrage définitif n'avait encore été rendu, plusieurs administrations attendant les retours des autres.

L'approche fiscale soulève un point important : elle ne réduit pas le coût technique des infrastructures. Elle déplace simplement une partie de l'effort vers l'État, qui renoncerait à des recettes fiscales. L'incidence budgétaire nette de ce mécanisme n'est pas précisée dans les documents disponibles.

L'autre piste examinée, proposée par la Banque mondiale le 28 juillet 2026, est plus radicale : passer d'un BRT « lourd » à une version allégée. Les différences concrètes entre les deux formats sont frappantes :

  • BRT lourd : vitesse commerciale pouvant atteindre 35 km/h, forte capacité d'absorption de la demande
  • BRT léger : vitesse commerciale entre 18 et 25 km/h, investissement initial réduit, mise en service potentiellement plus rapide
  • Objectif actuel : 535 000 passagers par jour et 251 bus, inscrits dans le rapport de mise en œuvre de mars 2026

Opter pour le format léger obligerait à revoir ces cibles à la baisse. Le modèle économique du partenariat public-privé prévu pour financer la flotte et exploiter le réseau serait aussi chamboulé, car il repose directement sur le niveau de fréquentation attendu et la taille du parc de véhicules.

Septembre 2026 : la revue qui va tout changer pour la mobilité doualaise

La clôture du projet est fixée au 16 juin 2028. C'est court. Et certains sites destinés aux centres d'exploitation et de maintenance ne sont pas encore sécurisés. Le calendrier presse davantage que le budget, selon certains observateurs.

La revue de restructuration annoncée avec la Banque mondiale pour fin septembre 2026 devra donc trancher entre trois options difficiles : mobiliser des ressources additionnelles, supprimer les voies de rabattement les plus coûteuses, ou renoncer au format lourd du BRT. Chaque choix emporte des conséquences directes sur la vitesse, la capacité et la viabilité économique du futur réseau de transport de masse de Douala.

Ce qui se joue dépasse la simple question comptable. La mobilité quotidienne de centaines de milliers d'habitants dépend de l'issue de ce débat. Un BRT allégé transportera moins de monde, moins vite. Dans une ville où les embouteillages sont déjà chroniques, l'ambition initiale de 535 000 passagers quotidiens représentait une rupture réelle avec les pratiques actuelles. La réduire, c'est repousser cette rupture à plus tard, avec des conséquences sociales et économiques difficilement chiffrables aujourd'hui. La vraie question, finalement, c'est de savoir quel niveau d'ambition Douala se donnera les moyens d'assumer.

L'auteur

Romain

Romain

Romain est un jeune Lyonnais passionné par la vie urbaine et toujours en quête de nouvelles expériences. Adepte de découverte, il partage avec entrain des récits et des conseils pratiques pour explorer la ville autrement. Motivé et dynamique, il apporte une perspective fraîche et inspirante à chaque article.

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